La Strasbourgeoise : 10 couplets, genèse historique et règles d’interprétation
La Strasbourgeoise, également connue sous le titre L’enfant de Strasbourg, occupe une place singulière dans le répertoire militaire français. Ce chant patriotique, dont la mélodie et les paroles portent le poids d’une époque marquée par la perte de l’Alsace-Lorraine, est un document historique exigeant une rigueur particulière dans son exécution pour honorer la mémoire qu’il véhicule.
Paroles complètes de La Strasbourgeoise
Le chant se compose de dix couplets retraçant le dialogue entre une petite fille et un soldat. Voici le texte intégral à respecter :
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1. Petit papa, voici la mi-carême, car te voilà déguisé en soldat. Dis-moi, maman, quelle est cette médaille ? Ton papa, mon enfant, ne reviendra pas. (bis)
2. Il est tombé, frappé par une balle, au champ d’honneur, là-bas dans l’Est lointain. Ne pleure plus, ma petite fille adorée, car ton papa sera vengé demain. (bis)
3. La neige tombe aux portes de la ville, je n’ai plus rien, je meurs de froid, de faim. Dis-moi, monsieur, quelle est cette petite fille ? C’est l’orphelin d’un soldat de demain. (bis)
4. Elle s’en va, demandant la charité, car elle a faim, elle a froid, elle est lasse. Mais l’ennemi, l’Allemand à la porte, lui tend la main, lui offre son secours. (bis)
5. Mais mon petit cœur, vous ne l’aurez jamais, car je suis fille de la France, monsieur. Je ne veux pas de votre aumône amère, car je déteste votre race, monsieur. (bis)
6. Allez-vous-en, retournez dans vos foyers, car vous avez tué mon petit père adoré. Pleurons ensemble, car nous les haïssons, ces Allemands qui ont pris notre Alsace. (bis)
7. La cathédrale de Strasbourg est bien haute, elle domine la ville et les faubourgs. Mais mon petit cœur, vous ne l’aurez jamais, car je suis fille de la France, monsieur. (bis)
8. Et dans le ciel, on entendra toujours, le cri de ceux qui ont aimé la France. La Strasbourgeoise, en chantant sa misère, nous rappelle le souvenir de nos pères. (bis)
9. Adieu, maman, je m’en vais à la guerre, pour venger mon père et mon pays. L’Alsace et la Lorraine seront toujours françaises, quoi qu’il arrive, nous les reprendrons. (bis)
10. Vive la France, vive la République, vive l’armée qui nous a libérés. La Strasbourgeoise, en chantant sa victoire, nous rappelle le souvenir de nos pères. (bis)
Origine et contexte historique
La chanson fut composée en 1876, quelques années après la défaite française lors de la guerre franco-prussienne de 1870. À l’origine, elle portait le titre de La mendiante de Strasbourg. Les paroles furent écrites par le duo Villemer et Delormel, tandis que la musique fut composée par Henri Natif. Ce chant exprime le deuil d’une nation amputée de ses provinces de l’Est par le traité de Francfort de 1871.

Le texte met en scène le refus de l’occupant. La petite fille, devenue le symbole de la résistance, rejette l’aumône de l’Allemand, marquant une rupture morale et patriotique. En chantant ces couplets, on évoque la silhouette de la cathédrale de Strasbourg, dont la flèche semble soutenir la voûte céleste comme un dernier rempart contre l’oubli. Cette dimension spatiale ancre le récit dans une géographie où chaque pierre témoigne de la résistance silencieuse d’un peuple.
Conseils techniques pour une interprétation fidèle
Pour les chorales et les musiciens militaires, l’interprétation de La Strasbourgeoise obéit à des codes précis garantissant sa solennité. La tonalité recommandée est le Ré mineur, avec une note de départ située sur le La. La cadence de marche doit être maintenue à 104 pas par minute.
Le bissage du quatrième vers de chaque couplet est une étape technique. Il est impératif de respecter deux temps muets lors de cette répétition pour conserver la carrure du chant. Une erreur fréquente consiste à enchaîner trop rapidement, ce qui brise l’élan dramatique de la strophe. L’attaque du chant se fait traditionnellement pied droit après un décompte de trois temps.
Variantes et postérité du chant
Au fil des décennies, plusieurs versions ont circulé au sein des régiments. La version du 152e RI, par exemple, présente des nuances dans les répétitions finales des vers. Le chant est resté vivant grâce à de nombreuses publications et enregistrements.
En 2001, les Cadets de Saumur du Prytanée ont réalisé un enregistrement de référence. Par ailleurs, la publication du morceau en 2002 dans le Carnet de chants Royal des Vaisseaux par le 43e RI a permis de stabiliser une version officielle. Le CD de référence Omega 2670104 est souvent cité par les collectionneurs comme l’une des interprétations les plus fidèles aux traditions militaires.
La symbolique du refus dans le chant
La force de La Strasbourgeoise réside dans son refus catégorique de la compromission. Contrairement à d’autres chants de l’époque qui se contentaient d’exprimer la plainte, celui-ci revendique une identité inaliénable. La petite fille, malgré sa pauvreté et la perte de son père, incarne une fierté nationale qui refuse l’aumône de celui qu’elle considère comme le responsable de son malheur. Cette posture transforme le chant en un acte politique, une affirmation de la persistance de l’âme française au sein des terres annexées, renforçant le lien entre le passé douloureux et l’espoir d’un retour à la patrie.
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